n° 153/154
« Littéracies universitaires :
nouvelles perspectives  »
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résumés au 
format PDF Écrits universitaires / écrits professionnalisants / écrits professionnels : est-ce qu’« écrire pour apprendre » est plus qu’un slogan ? David R. Russell L'article décrit une tradition de la recherche Nord-Américaine anglophone sur l'écriture lorsqu'est considéré le rôle de l'écriture dans la transition de l'université au monde du travail. L'origine de cette tradition est à chercher dans des cours de communication destinés à des étudiants d'écoles de commerce et d'ingénieurs, ainsi que dans les efforts déployés pour développer les apprentissages des étudiants dans un grand nombre de disciplines, dans les universités. Les ancrages théoriques sont Vygotski et Bakhtine, mais aussi le concept de « genre en tant qu'action sociale », issu du concept de typification en sociologie phénoménologique. Les méthodes sont plutôt celles des analyses ethnographiques et historiques du monde du travail que celles des analyses linguistiques de documents, bien que les deux soient convoquées. Nous exposons brièvement des analyses des différences entre l'université et le monde du travail et décrivons des interventions pédagogiques basées sur celles-ci. Mots-clés : genre – écrits universitaires – écrits professionnels – Amérique du Nord – écrire pour apprendre Conceptualisations de l'esprit critique, des formes de validation et de l'effacement énonciatif dans l'écriture universitaire en sciences infirmières et dans les formations de sages-femmes Julio Gimenez Cet article analyse la conceptualisation des propriétés de l'écriture universitaire que sont l'esprit critique, les formes de validation et l'effacement énonciatif en sciences infirmières et dans les formations de sages-femmes, et le rôle que joue cette conceptualisation dans la définition de l'écriture disciplinaire à l'université. Dans cet article, le terme « propriétés » désigne les caractéristiques requises et/ou observées dans les textes disciplinaires. Cet article exploite les données recueillies dans le cadre d'une étude de deux ans sur l'écriture universitaire dans ces disciplines. L'étude en question portait sur la nature et les dynamiques des pratiques d'écriture propres à certaines disciplines à l'université, dans deux formations de premier cycle d'une université du Royaume-Uni. L'objectif du présent article est d'apporter une contribution aux discussions théoriques et pédagogiques récentes autour de la spécificité disciplinaire de l'écriture universitaire. Il conclut que des pistes importantes s'ouvrent à la recherche grâce à l'analyse des relations fondamentales entre, d'une part, les propriétés de productions écrites issues de contextes différents, et d'autre part, l'écriture disciplinaire. Mots clés : écriture disciplinaire à l'université – esprit critique – formes de validation – effacement énonciatif – sciences infirmières – formations de sages-femmes Quelle relation entre l’écrit académique et l’écrit professionnel ?
Une étude de cas dans le domaine du travail social Theresa Lillis, Lucy Rai Beaucoup d'étudiants, dans l'enseignement supérieur, suivent des cours à orientation professionnelle. Cet article se focalise sur un projet d’« ethnographie du texte », concernant l’écriture des assistants sociaux pendant leur formation et sur leur terrain professionnel, avec cinq assistants sociaux comme co-chercheurs. L’article examine les ressemblances et les différences entre l’écriture pratiquée dans les cours universitaires et dans le travail quotidien. Une conclusion importante de la recherche est qu’en général on ne prête pas suffisamment d’attention pédagogique à l’écriture – tant aux textes qu’aux pratiques – que les assistants sociaux doivent produire dans les contextes professionnels. Mots clés : écrit académique – écrit professionnel – écriture des travailleurs sociaux – ethnographie des pratiques textuelles Pour une formation linguistique aux écrits professionnels Fanny Rinck, Frédérique Sitri Aujourd’hui se développent dans l’enseignement supérieur des programmes de formation pour les rédacteurs professionnels (écrits professionnels ou rédactologie) et pour des professionnels de différents secteurs où l’écrit joue un rôle important (par exemple des travailleurs sociaux). L’objectif de cet article est de faire des propositions concernant les littéracies universitaires et la transition avec les littéracies professionnelles (ou l’écrit en situation de travail). En quoi la linguistique (au sens large, incluant les analyses de discours) peut-elle être mise à profit pour identifier les besoins des étudiants et les exigences de leur formation ? Nous prenons comme point de départ trois corpus (guides et manuels pour la rédaction professionnelle, genres de texte en usage dans le monde du travail et écrits d’étudiants en formation). Ils nous conduisent à la question suivante, en tant que question centrale d’un programme de recherche et d’enseignement : en quoi une approche linguistique peut-elle favoriser le développement de compétences spécifiques aux genres de texte et la capacité de transfert des compétences rédactionnelles dans des genres variés et des contextes professionnels en constante évolution ? Mots clés : littéracies professionnelles – littéracies en situation de travail – littéracies universitaires – genres de texte – compétences rédactionnelles – transfert de compétences Discipline et rapport au monde professionnel : le portfolio comme
self assessment pour des professeurs-stagiaires d’anglais
et d’histoire-géographie Anne-Laure Le Guern, Jean-François Thémines Les relations entre écritures à l’université, écritures professionnalisantes et écritures professionnelles, sont explorées en formation initiale d’enseignants du second degré, à partir de portfolios réalisés dans deux disciplines : l’anglais et l’histoire-géographie à l’Université de Caen (IUFM). Le cadrage des portfolios ainsi que le dispositif de la formation à/par l’écriture sont décrits. Les analyses portent, extraits à l’appui, sur la polyphonie énonciative et sur le traitement du réel professionnel dans ces portfolios. Les disciplines sont appréhendées en tant qu’univers linguistiques et sémiotiques organisant la formation-professionnalisation des professeurs. Mots-clés : écriture professionnalisante – portfolio de formation – formation des enseignants – polyphonie énonciative Contribution à une analyse de l'ethos discursif de l'enseignant en formation, envisagé à travers le critère de la réflexivité Pascale Delormas On interroge ici l’ethos discursif de l’enseignant en prenant en compte le discours en tant qu’il est une manifestation palpable de phénomènes qui touchent à l’institution. Au niveau théorique on verra ce que le point de vue de l’analyse du discours sur le discours réflexif dans la formation des maîtres peut apporter à la compréhension de l’institution scolaire. Le corpus est restreint aux productions écrites des acteurs de deux IUFM différents. Il s’agit de faire émerger les caractéristiques communes et les discontinuités énonciatives de la formation discursive dont les écrits réflexifs adviennent à travers la comparaison de 26 productions d’enseignants stagiaires et de 30 rapports de visite de stage de types différents établis par les formateurs tout en tenant compte de l’interdiscours (textes de cadrage et références scientifiques). L’analyse de l’échantillonnage associe approche quantitative et qualitative et confirme le bien fondé d’une analyse contrastive, attentive aux spécificités académiques. La réflexivité telle que F. Dubet la conçoit suppose à la fois des acteurs socialisés et une circulation subjective dans un système. Or si la compétence à construire une expérience scolaire personnelle fait consensus, les moyens mis en œuvre et les modalités de la subjectivation semblent socialement définis. Mots-clés : analyse du discours universitaire – écrit réflexif – ethos professoral – interdiscours – institution scolaire Acculturation à l’écriture de recherche et formation à la didactique de l’écriture Jacqueline Lafont-Terranova, Maurice Niwese L’étude que nous présentons ici s’inscrit dans une recherche plus large portant sur des dispositifs d’accompagnement à l’écriture de recherche en didactique de l’écriture. Considérant que le rapport à l’écriture fait partie intégrante de la compétence scripturale, nous nous intéressons à une unité d’enseignement de niveau master 1 dont l’objectif est de former les étudiants à la didactique de l’écriture en favorisant la mise à distance de leur rapport à l’écriture ainsi que le passage de l’écriture créative à l’écriture de recherche. A travers l’analyse d’un échantillon de mémoires produits en 2009, nous cherchons à déterminer des indices d’acculturation à l’écriture de recherche et de conceptualisation de savoirs sur l’écriture. La prise en compte de plusieurs types de critères relatifs à la dimension dialogique du mémoire, à son organisation textuelle, à la posture énonciative du scripteur ainsi qu’à la gestion des éléments paratextuels permet de dégager trois profils de scripteurs. La répartition entre ces profils montre que la plupart des scripteurs de l’échantillon sont engagés dans un processus de construction de savoirs sur l’écriture et que la moitié d’entre eux a atteint un niveau qui parait susceptible de les rendre aptes à la transposition didactique, certains se positionnant clairement comme apprentis-chercheurs. Mots-clés : didactique de l’écriture – écriture de recherche – rapport à l’écriture – conceptualisation – construction des savoirs Du chaos des disciplines à la fin de l’ordre disciplinaire ? Jean-Louis Fabiani Le sociologue constate simultanément le caractère artificiel et quelquefois arbitraire des divisions disciplinaires et la puissance de leur ancrage social aussi bien que de leurs effets sur la production des savoirs. A partir du travail d'Andrew Abbott, et en en désignant les limites, on tente de définir la discipline comme un espace relationnel qui organise les rapports entre les objets et les générations. On s'efforce dans un deuxième temps de mettre en rapports les effets souvent dissolvants de la sociologie critique et les analyses prospectives qui, dans le sillage des analyses de Michael Gibbons, dessinent les contours d'un mode de production post-disciplinaire des savoirs. La question de la relation entre l'effritement possible du système des disciplines et les modèles du management par projets est explicitement posée, bien qu'elle ne puisse faire l'objet, dans l'état actuel de la division institutionnelle des savoirs, d'une réponse univoque. Mots clés : discipline – génération – système – fractale – Université – savoir Pourquoi et comment cela change ? Standardisation et variation dans le champ des discours scientifiques Francis Grossmann Penser la variation des discours scientifiques suppose de l'envisager à partir d’un contexte culturel défini, en prenant en compte le processus de construction sociale des disciplines et des objets de recherche. A travers des exemples caractérisant la rhétorique scientifique dans différentes disciplines, nous montrons qu'entre les versions universalisantes, qui visent à imposer une vision monolithique du discours scientifique et les approches relativistes, qui mettent en doute la possibilité même de paradigmes communs, une voie étroite existe, qui nécessite un examen critique préalable. Les approches opposant des « styles intellectuels », voire des « styles disciplinaires », sont souvent caricaturales et réductrices. Il s'agit donc de permettre aux acteurs une connaissance en profondeur de ce qu'impliquent les stratégies rhétoriques et argumentatives mobilisées, en fonction des objets de recherche, des genres, et des normes implicites ou explicites propres aux communautés scientifiques. Mots-clés : discours scientifique – Science Studies – énonciation – écriture scientifique Les didactiques et la question des littéracies universitaires Yves Reuter Cette contribution porte sur les intérêts et les limites d’une analyse des litteracies universitaires dans le cadre des didactiques, entendues comme les disciplines de recherche qui analysent les contenus (savoirs, savoir-faire...) en tant qu’ils sont des objets d’enseignement et d’apprentissages référables à des disciplines scolaires et/ou universitaires. Dans cette perspective, cette contribution éclaire les déplacements significatifs dans les modes de penser universitaires qu’implique le fait de parler de litteracies universitaires. Elle interroge ensuite de manière critique les disciplines habituellement convoquées pour traiter de ces questions (linguistique, psychologie, sociologie...).Sur cette base, elle expose en quoi les didactiques sont susceptibles de fournir un cadre de recherche pertinent en fonction de leur mode de conceptualisation et de l’histoire de leurs recherches sur le terrain scolaire mais aussi à quels obstacles elles sont confrontées. Cet article se conclut en soumettant à la discussion quelques propositions susceptibles de faire avancer les perspectives de recherche ouvertes par la question des litteracies universitaires. Mots-clés : litteracies universitaires – didactiques – disciplines universitaires – lecture – écriture – problèmes des étudiants Écrire différemment, apprendre différemment : repenser le genre Fiona English Cet article traite de la façon dont les genres interviennent dans les modes de compréhension et de construction des disciplines des étudiants. La thèse présentée, qui est une partie de l’étude plus vaste que j’ai menée sur le genre et l’écriture des étudiants, offre une alternative à l’actuelle pédagogie de l’écrit, en ce qu’elle déplace l’étude de ce à quoi un genre ressemble (modèles) ou ce à quoi sert un genre (adéquation) vers ce qu’un genre permet (affordances) et montre ainsi comment un genre peut être utilisé plutôt en tant que ressource pédagogique qu’en tant qu’objectif pédagogique. Afin d’expliciter cette proposition, l’article présente une étude de cas portant sur le re-travail d’une étudiante de première année de licence d’un essay conventionnel au travers d’un genre différent. En s’appuyant sur la sémiotique sociale et en convoquant des termes de référence multimodaux, l’article introduit le concept cadre d’« orientation » pour faire apparaître les façons dont chacun des genres configure, non seulement la compréhension de l’étudiant et sa construction de la discipline, mais aussi son sens de l’identité et de sa capacité d’acteur (agency). Enfin l’article soutient qu’offrir aux étudiants des occasions d’écrire de façon différente leur permet de développer de nouvelles perspectives et de nouvelles conceptions, et de découvrir de nouvelles facettes de leurs disciplines que l’écriture conventionnelle n’autorise pas. Une telle approche a clairement des implications à la fois pour la pédagogie de l’écrit et l’apprentissage disciplinaire. Mots-clés : genre – écriture des étudiants – recontextualisation – reconfiguration – savoirs académiques – savoirs quotidiens – pédagogie universitaire Littéracie universitaire et oralographisme : le cours magistral entre écrit et oral Robert Bouchard, Chantal Parpette Les cours magistraux – surtout en sciences – sont mixtes, utilisant à la fois l’oral et l’écrit. Comme dans d’autres formes d’enseignement universitaire, de nouveaux écrits y prennent une place de plus en plus importante. Il s’agit des genres écrits spécifiques générés en particulier par les Tice et les logiciels de type PowerPoint. Ces écrits ont une influence sur l’activité des étudiants exposés à ce double flux d’informations écrites et orales. Il s’agit ici, d’une part, de mieux observer le fonctionnement dynamique de ces combinaisons synchrones oral-écrit ou oral-inscrit (schéma, graphe...). Il s’agit, d’autre part, d’en observer les conséquences sur le travail de réception et de stabilisation, par les étudiants, de l’information ainsi doublement délivrée. Il est en effet permis de s’interroger sur l’intérêt didactique de ces innovations, et sur la méthodologie d’enseignement-apprentissage qui devrait les accompagner. Mots-clés : cours magistral – prise de notes – Tice – PowerPoint – écrit – oral – multimodalité Textes numériques et construction d’espaces d’écriture : la production d’écrits universitaires en hypertexte Colleen McKenna Les technologies numériques modifient le paysage de la communication académique. De nouvelles pratiques émergent ; la diversité des types de textes augmente et les espaces dans lesquels nous écrivons et lisons les travaux universitaires se sont élargis. Le monde sémiotique dans lequel se développe la communication universitaire se transforme à un rythme rapide. Toutefois, en dépit de ces formes émergentes de la communication et de l'utilisation généralisée des technologies d'apprentissage dans l'enseignement supérieur, une grande partie de l'écriture académique formelle reste inchangée : l'essai est toujours un genre dominant, et les modes d’écriture qui lui correspondent est toujours privilégiée. Cet article aborde la question des affordances des hypertextes universitaires multimodaux, en se concentrant sur les façons dont lesvides et les espaces textuels, ainsi que les phénomènes de dislocation permettent d’activer les fonctionnalités de ce type d'écriture. En s'appuyant sur des exemples de productions d'étudiants issues d'un cours sur la communication numérique, l’auteure explore la façon dont ces hypertextes sont organisés et les façons dont ils bouleversent les idées conventionnelles sur l'argumentation, l'utilisation de la juxtaposition pour créer du sens et la multimodalité. Ce type d'écriture offre aux étudiants (et à leurs lecteurs) de nouvelles opportunités pour construire et présenter les connaissances universitaires. L’auteure montre aussi comment l'écriture d'hypertextes universitaires permet que les étudiants perçoivent mieux les pratiques conventionnelles de l'écriture universitaire. Mots-clés : écriture universitaire – hypertexte – multimodalité – essai – dialogisme – écriture en ligne – textes numériques L’ethos et le temps fictif de l’oralité à l’écrit Laurent Perrin Nous ferons la distinction, dans cette étude, entre trois sortes d’informations concernant l’ethos et la subjectivité dans l’interprétation des énoncés. Après avoir opposé l’ethos discursif dulocuteur comme tel à celui, prédiscursif, du sujet parlant, et ensuite à celui du locuteur comme être du monde représenté (ceci en fonction des propriétés linguistiques qui s’y rapportent), nous nous intéresserons à l’ethos discursif que nous appellerons effectif (ou ethos du locuteur effectif) fondé sur une identification du locuteur comme tel au sujet parlant. L’objectif sera finalement d’analyser diverses formes de fictions énonciatives associées à l’ethos discursif effectif dans la presse écrite, lorsque le discours se fonde sur une scénographie qui ne s’ajuste pas littéralement à l’interaction d’un journaliste à son lecteur. L’ethos de l’oralité à l’écrit sera à l’horizon de nos observations, qui consisteront finalement à centrer l’ethos discursif effectif de l’écrit sur le temps fictif de l’oralité. Mots-clés : linguistique – analyse du discours – rhétorique – ethos – sujet parlant – locuteur – énonciation – oralité – presse écrite Abstracts :  Lire les résumés en anglais   HAUT DE PAGE       -        N° 153/154 © CRESEF - Tous droits réservés