Pratiques  n° 117-118 « Textes et valeurs » (juin 2003) Présentation Thierry  Herman et Raphaël  Micheli Renforcement et dissociation des valeurs dans l’argumentation politique Cet article s’interroge sur l’usage des valeurs dans l’argumentation politique. Cette dernière peut d’abord être le lieu d’un renforcement des valeurs et se rattacher en cela au genre épidictique de la rhétorique d’Aristote. Ce genre a été l’objet d’une longue dépréciation, puis, au XXe  siècle, d’une « redécouverte » dont on retrace brièvement les étapes les plus marquantes. Le discours prononcé par le Général de Gaulle le jour de la capitulation allemande (8 mai 1945) est un exemple particulièrement frappant de rhétorique épidictique : il vise, par des procédures d’amplification, à exalter des valeurs prises dans leur dimension absolue et, ainsi, à rassembler une nation divisée et meurtrie. A l’inverse, l’argumentation politique implique bien souvent une dissociation des valeurs, ces dernières perdant alors leur caractère absolu. C’est ce cas de figure qu’illustre le débat parlementaire français de 1981 relatif à l’abolition de la peine de mort. Le droit à la vie, valeur extrêmement consensuelle  in abstracto, se voit dissocié et réinterprété par les orateurs anti-abolitionnistes en fonction des buts que poursuit l’institution parlementaire. (Lire l'article...) Érick  Falardeau Pour une mise à distance des stéréotypes socioculturels  Le développement du sens critique des élèves peut être facilité par l’étude des stéréotypes représentés dans les textes littéraires. Nous avons ainsi expérimenté, avec des élèves de 18 à 20 ans, l’enseignement-apprentissage d’une lecture plus distanciée en explorant en classe, avant la lecture d’une œuvre intégrale, des problèmes de lecture qui amènent les élèves à critiquer les stéréotypes textualisés. Pour ce faire, nous avons analysé avec eux 
L’Écume des jours, roman dans lequel Boris Vian transforme les stéréotypes des contes de fées pour en montrer une version caricaturale. Nous avons posé avec les élèves des pistes d’entrée dans le texte qui pointaient les stéréotypes transformés, comme le rôle du mariage ou la fin heureuse, pour les entraîner à mener individuellement une lecture plus critique à l’égard de stéréotypes qu’ils endossent depuis leur tout jeune âge. (Lire l'article...) Caroline  Masseron Conseiller un film d'horreur... Justification  et jugements de valeur dans quelques copies de seconde L'article analyse huit copies issues de l'évaluation diagnostique proposée aux élèves de seconde en septembre 1999. La consigne d'écriture porte sur le goût pour le fantastique ou l'horreur, qu'il est demandé aux élèves de justifier. A une majorité très importante, les élèves choisi d'évoquer le film Scream, au détriment de la littérature fantastique canonique.
Trois points de vue sont retenus pour procéder à l'analyse des textes d'élèves :
1. La forme de discours sollicitée est un avatar de ce que J.-M. Adam (2001) décrit comme le genre socio-discursif des textes de conseils.
2. Le contenu de valeur des écrits analysés construit l'expérience de la peur, telle qu'elle est suscitée par le film, comme enjeu principal de l'attrait culturel (plus que strictement esthétique) des adolescents pour ce type de productions. L'article s'interroge à cet égard sur l'édulcoration du débat éthique qu'aurait induit le goût de la peur.
3. L'étude des phénomènes langagiers qui dominent ces productions ne sont pas tout à fait indépendants des deux niveaux d'analyse précédents. C'est ainsi qu'il convient de considérer les réalisations lexicales comme surdéterminées par des facteurs énonciatifs. C'est en tout cas l'une des hypothèses de l'article qui s'interroge pour finir sur les enjeux d'une recherche en didactique de la langue qui voudrait clarifier, du point de vue des énoncés phrastiques, les liens de solidarité entre l'énonciation d'un sens construit et intentionnel et la combinatoire des formes syntaxiques et lexicales qui autorise les occurrences d'énoncés. Une telle didactique serait centralement préoccupée par la description des erreurs en langue commises par les élèves. (Lire l'article...) Résumés des articles Pratiques  n° 119-120 « Les écritures théâtrales » (décembre 2003) Présentation Alain Rabatel Le problème du point de vue dans le texte de théâtre L’intrication des dimensions narrative et argumentative des interactions verbales qui sont la trame du texte théâtral (un récit de paroles à la valeur pragmatique déterminante) invite à revenir sur la définition du point de vue (PDV). Sur un plan énonciatif, le PDV correspond à tout ce qui, dans la référenciation des objets (du discours) révèle, d’un point de vue cognitif, une source énonciative particulière (locuteur/énonciateur ou énonciateur) et dénote, directement ou indirectement, ses jugements sur les référents, à travers des manières de voir ou des opinions embryonnaires ou encore à travers des argumentations plus élaborées. Le PDV, du fait de sa nature radicalement polyphonique, permet au locuteur d’exprimer son PDV personnel ou de se positionner face aux PDV de ses interlocuteurs. Ainsi, les énoncés en apparence les plus anodins ont une valeur argumentative directe ou indirecte et incarnent linguistiquement les dimensions psychologique, idéologique ou sociologique des personnages construites par l’interaction même. Autrement dit, le PDV aide à l’interprétation du texte théâtral par le biais de l’enrichissement énonciatif de la dimension interactionnelle, notamment par l’analyse des postures de co-énonciation, de sous-énonciation ou de sur-énonciation. Ces postures énonciatives, qui ne sont pas le simple reflet de la place des locuteurs, correspondent à l’engagement énonciatif des locuteurs entrant en jeu dans la co-construction d’un PDV commun (co-énonciation), dominé (sous-énonciation) ou dominant (sur-énonciation). (Lire l'article...) André  Petitjean Problématisation du personnage dramatique Le personnage théâtral est une entité à double manifestation possible, sous la forme d'un être « virtuel » à l'intérieur du texte dramatique et d'un être « concrétisé » au moment de son incarnation scénique par le comédien. En précisant que nous avons limité la réflexion au personnage dramatique, on peut dire que ce dernier possède les propriétés, intentionnelle, ontologique et anthropologique, inhérentes à toute fiction. En tant que figure textuelle particulière, le personnage dramatique résulte d'un effet conjugué de la simulation verbale (feintise d'actes mentaux, d'actes de langage, d'états émotionnels et relationnels) attribués aux participants de la dialogie interne et de la dissimulation communicationnelle afférente aux partenaires de la dialogie externe. L'affirmation est à moduler, bien sûr, selon les époques, les esthétiques, les genres et les auteurs.
Au-delà de ce point de vue sémio-linguistique sur le personnage, il importe aussi d'expliquer en quoi le personnage dramatique est un foyer axiologique, épistémique et esthétique, vecteur de l'interaction entre le texte et son double contexte, de production et de réception.
 (Lire l'article...) Daniel  Bessonnat Jouer, lire, écrire du théâtre au collège Ce bref compte-rendu d’une expérience d’enseignement en matière de théâtre conduite effectivement en collège vise à montrer que, pour peu qu’un certain nombre de conditions matérielles soient réunies (effectif décent, horaire approprié, mise à disposition de lieux d’expression ad hoc, possibilité de reprographie…), il est possible de conduire un cycle d’activités multiformes, autour des trois grand axes du dire, du lire et de l’écrire, qui permette aux élèves de s’initier de manière globale aux différentes facettes du théâtre. Au cours du cycle de travail considéré, on a donc essayé de travailler dans trois directions complémentaires : le jeu dramatique, la recherche historique, sous forme d’élaboration de dossiers, et l’écriture parodique tout en choisissant délibérément de mener de front l’étude de plusieurs œuvres du patrimoine. Une façon de se prouver que le théâtre peut être un puissant élément fédérateur des activités d’apprentissage et non simplement une parenthèse dans l’année scolaire. (Lire l'article...) Résumés des articles © CRESEF - Tous droits réservés

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